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Mosaïque de trois photos montrant le gros plan d'une forme conique blanche munie de perles de couleur, du détail de cordes de guitare, et de la bouche d'une femme en train de chanter.

Culture

De gauche à droite : perlage de Julie Grenier, détail d'une guitare, Pauyungie Nutaraaluk pendant un chant de gorge

Créatrices d'aujourd'hui

Le pouvoir de l'art réside en sa capacité de transcender les frontières et de toucher les gens, malgré les différences culturelles. Fenêtre sur l’âme des Nunavimmiut, l'art devient le messager de témoignages personnels, collectifs et spirituels.

Voici trois créatrices du Nunavik pour lesquels l'art est le moyen choisi pour nous transporter, nous raconter et ultimement nous rapprocher.

Visage de Beatrice Deer, femme Inuit, qui regarde la caméra.

Beatrice Deer

Beatrice Deer est chanteuse, auteure-compositeure et militante née à Quaqtaq. En plus de jouer régulièrement pour des festivals de musique et des événements culturels Inuits, elle travaille présentement au Secrétariat des arts du Nunavik à l'Institut culturel Avataq de Montréal.

SUR LA MUSIQUE
« J'ai acquis beaucoup d'expérience sur scène. Je suis avec mon groupe depuis six ans et ça m'a beaucoup aidé. J'ai appris d’eux énormément, ils m'ont vraiment aidé à grandir en tant que musicienne. J'ai traversé de nombreuses transitions au cours des années, devenant sobre, intégrant un mode de vie sain, et ça a un effet sur mon écriture.

Auparavant, je n'écrivais que des paroles sur de la musique écrite pour moi. Quelqu’un d’autre aurait écrit la musique, et si j’aimais ça je l'écoutais à répétition jusqu'à ce que ça évoque quelque chose. Ensuite, j’écris les paroles. Mais depuis quelques temps, je me suis vraiment consacré à reprendre la guitare, donc j’écris musique et paroles pour la première fois et j’adore ça. C'est quelque chose que je n'ai jamais pensé que je pourrais faire, et je découvre maintenant que je peux, c'est une expérience incroyable pour moi. »

Voici la chanson intitulée «Painng», de Beatrice Deer et son groupe.


PAINNG (traduit de l'inuktitut)

Je crois que j'ai fait une erreur
Je t’ai fait du mal quand j'ai dit que je ne veux plus de ceci
Je ne peux même plus dormir, je pense "pourquoi?"
Comment tu me regardes
Comment tu m’embrasses

Je crois que j'ai fait une erreur
Je t’ai fait du mal quand j'ai dit que je ne veux plus de ceci
Je ne peux même plus dormir, je pense "pourquoi?"
Comment tu me regardes
Comment tu m’étreins
Comment tu me tiens
Est-ce que je peux seulement t'avoir
Tu me manques

Soyons seuls, juste nous deux
Laisse-moi être la seule, touche-moi
Comment tu me regardes
Comment tu m’embrasses
Comment tu me tiens
Est-ce que je peux seulement t'avoir
Je te désire, tu me manques, je t'aime
Est-ce que je peux seulement t'avoir
Tu me manques


Visage de Pauyungie Nutaraaluk, femme Inuit, qui regarde la caméra en souriant.

Pauyungie Nutaraaluk

Née à Iqaluit, au Nunavut, Pauyungie Nutaraaluk a grandi à Puvirnituq et Inukjuaq. Elle passe maintenant son temps entre le Nunavik et Montréal, où elle est coordinatrice de théâtre à l'Institut culturel Avataq.

SUR LE KATAJJAQ
« Pendant mon enfance, je me souviens d'avoir entendu le chant de la gorge. Je revois les aînées chantant et enseignant aux élèves. Ça m’a montré combien il est important de transmettre cette tradition.

Quoiqu’on ne m’a jamais enseigné directement, J’ai appris des aînés de Puvirnituq. C’est en regardant et en écoutant que j’ai appris à le faire par moi-même. Puis à l'âge de 12 ans j'ai commencé le chant de gorge avec mes amis.

Pour faire du chant de gorge, il est important d’avoir beaucoup d'air dans votre diaphragme et de chanter debout, afin de le faire correctement, de sorte qu’on peut attraper son souffle facilement.

C'est toujours à partir du diaphragme que le chant de gorge commence. Quand tu chantes, le son peut provenir de la gorge, mais l’air vient toujours du diaphragme.

Puisque je suis plus courte que tout le monde avec qui je chante, je dois être à l'aise avec ma gorge et quand je regarde l'autre chanteuse vers le haut je suis les indices visuels de leur gorge. Il y a toujours un contact visuel avec l'autre chanteur. Parfois, tu peux essayer de faire rire l'autre chanteuse, ou d'autres fois, tu te concentres sur le moment quand elle va changer de motif. parce que je suis une suiveuse, pas une meneuse. Il ya toujours une meneuse et une suiveuse.

La même chanson peut changer de temps en temps, et selon les chanteurs, parce que cela dépend des décisions qui sont prises au moment du chant. C'est toujours la meneuse qui décide quand il y aura un changement. Si c'est une chanson de compétition je ne voudrais pas essayer de la faire rire, si je veux que la chanson soit plus longue, je dois faire attention à cela.

Dans le cas des chansons de compétition, la création est impliquée. Dans le cas des chansons traditionnelles, comme elles ont un nom, par exemple “chant de l’oie", nous ne la combinerons pas avec d'autres chansons car les oies ne se mélangent pas dans la vie. C'est pourquoi il s'agit d'une chanson traditionnelle, et nous voulons qu'elle reste pure. Mais il y a des chansons qui peut être mélangées alors nous les appelons des chansons de compétition, de style libre, et ces chansons sont toujours préparées. »

Voici une démonstration de chant de gorge katajjaq, par les chanteuses Pauyungie Nutaraaluk (à gauche) et Beatrice Deer (à droite).

Démonstration de katajjaq
Chanteuses : Pauyungie Nutaraaluk (gauche) et Beatrice Deer (droite)
Téléchargez en format WebM (28,4 Mo) | Téléchargez en format MP4 (39.8 Mo)


Visage de Julie Grenier, femme Inuit, qui regarde la caméra en souriant.

Julie Grenier

Native de Kuujjuaq, Julie Grenier est artiste du perlage ainsi que Directrice générale de Taqramiut Nipingat Inc. dont le mandat est de promouvoir la culture et l’image des Inuits, par les Inuits et à l’intention des Inuits. Elle est aussi membre du conseil d’administration du réseau APTN (Réseau de télévision des peuples autochtones).

SUR LE PERLAGE
«  Le perlage est une activité commencée quand j'avais huit ans. J’ai appris de ma mère et ma grand-mère à faire de la couture, elles m’ont toujours motivé. J’ai toujours eu un intérêt particulier pour le perlage. J’empruntais des napperons de perle que ma tante avait reçu du Groenland, puis que j’ai étudié pour découvrir comment ils étaient fait. J’ai donc appris par moi-même. Mais je connaissais déjà les techniques du fil et de l’aiguille. Je le faisais donc purement par intérêt et par curiosité, par la passion pour le perlage. De là j’ai commencé à créer mes propres designs. J’ai appris de différentes personnes comment créer différentes sortes de perlages. Au fil des années, une amie de Kuujjuaq m’a appris comment faire les perles qu’on mettait traditionnellement sur les amauti. Pour les bottes et pantoufles, j’ai participé à des ateliers à Kuujjuaq, où on échangeait sur différentes techniques.

Depuis cette époque, j’ai commencé à faire du perlage sur différents médiums, sur du phoque, des canevas, j’ai essayé d’incorporer le perlage dans presque tout ce que je fais, les duffels qu’on met sur les kamiks, on fait de la broderie dans laquelle j’intègre beaucoup de perles. Dans les paniers j’ai incorporé des perles d’ivoire et des perles miniatures.

À l’origine, le perlage se faisait à l’aide d’os, puis graduellement de nouveaux matériaux furent intégrés, ce qui représente quand même une adaptation de tradition qui a évolué avec le temps, les échanges, et les différents matériaux qui ont été amenés.

À l’époque des chamanes, il y aurait pu y avoir une symbolique des patrons et des couleurs, mais aujourd’hui, pour ce que j’en sais, c’est strictement ornemental.

Les aiguilles utilisées sont en acier inoxydable, j’en ai d’ailleurs une grosse collection selon les matériaux et je travaille l’aiguille en lui donnant des courbes au besoin.

J’utilise aussi des perles d’antiquité, de ma collection personnelle, faites de façon traditionnelles et de provenances variées. D’autres sont des fins de production. J’ai aussi utilisé les couleurs dont les ancêtres se servaient quand ils travaillaient les amauti en peau de caribou. »

Trois exemples du travail de perlage de Julie Grenier, montrant des mitaines ornementées et bordées de fourrure blanche, un napperon fait de motifs géométriques triangulaires, et une botte traditionnelle de peau de phoque, ornementée de motifs géométriques et végétaux.

Travail de perlage de Julie Grenier. De gauche à droite : Mitaines, napperon, bottes traditionnelles

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