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Photo historique d'une femme aînée assise devant une lampe à l'huile en pierre en forme d'assiette qui est comtrôlée à l'aide d'une longue tige.

Récits

Femme devant une lampe qulliq, Port Harrison, 1947-1948. Richard Harrington, Bibliothèque et archives Canada, PA-147309

La sagesse des Aînés

Mary Kiatainaq, Inuluk Qisiiq, Maata Tuniq et Lizzie Irniq co-habitent à la Maison des Aînés de Kangiqsujuaq. Elles partagent avec nous leur enfance et les rudes épreuves traversées, la mémoire de traîneaux de chiens, l'importance de la langue Inuktitut, de la nourriture traditionnelle et de transmettre leurs connaissances aux nouvelles générations.

Mosaïque de portraits de quatre femmes aînées, souriantes.

De gauche à droite : Maata Tuniq, Mary Kiatainaq, Inuluk Qisiiq et Lizzie Irniq

(Inuluk Qisiiq)
«Je suis née entre Saluit et Wakeham Bay pendant la famine, quand il n'y avait pas de nourriture. Je ne sais pas comment mes parents m'ont élevé pendant les années de la famine. C'étaient des années difficiles. J'avais des soeurs aînées, mais je ne m'en souviens plus, elles sont mortes quand j'étais jeune, probablement de ma famine. J'ai une soeur aînée qui habit ici à Kangiqsujuaq, elle fût adoptée. Mon frère est décédé il y a quelques années d'un accident de canot.

Pendant la famine, ma Mère nourrissait ma soeur avec du gras de phoque ou de béluga sur un morceau de bois, comme une sucette. Avant qu'il n'y ait quoi que ce soit à manger ma Mère faisait fondre de la glace dans sa bouche pour faire boire les enfants.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, il y eut une grande famine dans le Nord. Tous les Blancs ont quitté à cause de la guerre. Aussitôt la guerre terminée, ils sont revenus. Les prêtres et les compagnies du Nord retournaient avec des provisions et çà a commencé à changer à partir de là. Depuis, çà va de mieux en mieux.»

(Maata Tuniq)
«Je suis née à Kangirsuq, et élevée durant la Seconde Guerre Mondiale. Il y avait une grande famine à l'époque, partout dans le Nord, au Nunavik, au Nunavut et probablement aussi au Labrador. Pendant une période nous avons survécu en mangeant nos chiens. Nous n'avions pas à les tuer, ils mourraient de faim et ensuite nous les mangions. C'est comme çà que nous avons traversé la famine. C'était extrêmement difficile.

Mes parents nous disaient que nous devions manger du chien, mais ce n'était pas très bon. Ils nous disaient "Nous mangeons ceci maintenant, mais il y a de la meilleure nourriture qui s'en vient bientôt".

Après la guerre, tout s'est amélioré. Mais quand les Blancs sont revenus, il n'y avait plus de chiens pour se déplacer. Notre leader, nous avions un leader, devait marcher de grandes distances pour chercher de la nourriture, et il est revenu avec des chiens. Nous avons recommencé à les élever.

Ensuite, je suivais souvent mon Père. Nous allions à la pêche, camper et chasser accompagnés seulement des chiens. Habituellement c'était les hommes qui y allaient, mais quand un père n'avait pas de fils, il amenait sa fille. Mon Père n'avait pas de fils et puisque j'étais l'aînée, je le suivais partout durant ma jeune adolescence. Je l'ai suivi jusqu'à ce qu'il ne puisse plus y aller à cause de l'âge. Ensuite je me suis occupé de lui pour le reste de sa vie.»

(Inuluk Qisiiq)
«Je n'ai pas souvent suivi mon Père parce qu'il avait des fils».

(Mary Kiatainaq, Inuluk Qisiiq, Maata Tuniq, Lizzie Irniq)
«Les hommes allaient chasser avec des équipages de chiens pour des périodes de trois à quatre semaines et revenaient au village. Ils trappaient, pêchaient et chassaient le caribou. Ils prenaient leur temps, il n'y avait pas d'urgence. Dans les camps, il y avait surtout des femmes, pendant que les hommes allaient à la chasse.

La grandeur des équipages de chiens était variable. Un homme pouvait avoir cinq chiens, un autre en avait dix, un autre sept. Plus le chasseur était un bon chasseur, plus de chiens il pouvait nourrir.

Aujourd'hui, c'est beaucoup plus facile avec les motoneiges. D'un côté c'est mieux, mais à l'époque, les chiens ne coûtaient rien : pas d'essence et pas de mécanicien pour réparer les machines. Aujourd'hui tout est tellement cher. La vie est encore difficile, mais pas pour les mêmes raisons.

De nos jours il y a des chiens partout dans le village, mais ces chiens sont naïfs. Auparavant, ils auraient pu retrouver leur chemin, même dans un blizzard à visibilité nulle. Les hommes n'avaient même pas à les diriger. Ils savaient où ils devaient aller. Les chiens à cette époque étaient très intelligents. Nous croyons toutes qu'il est important de préserver la tradition des équipages de chiens.

L'Inuktitut, notre langue, est aussi très important pour nous, et les Aînés en ont une meilleure connaissance. Les jeunes d'aujourd'hui parlent l'Inuktitut différemment. Ils peuvent encore parler la langue de l'Inuk, et c'est très important pour nous. Mais il y a des mots qu'ils ne peuvent comprendre parce qu'ils sont d'une autre génération.

Il est aussi important que les jeunes écoutent les Aînés pour qu'ils sachent comment nous avons vécu, et qu'ils puissent préserver nos traditions. À chaque génération se perd une partie de nos traditions. Nous faisons de notre mieux pour leur raconter notre histoire et la bonne façon de vivre. Certains d'entre eux se souviennent et vivent ces traditions.»

(Lizzie Irniq)
«Quand nous grandissions, nous n'avions pas la technologie d'aujourd'hui et nous sommes passé à travers des périodes très difficiles, essayant de survivre la famine. Aujourd'hui, peu de gens savent ce que nous avons vécu. La technologie a rendu plusieurs aspects de la vie plus faciles. Plusieurs d'entre eux ne sauraient comment survivre s'ils devaient passer à travers une famine comme nous l'avons fait.

À l'époque, avant qu'il n'y ait de l'argent [dans le Nord], il y avait du crédit ; par exemple un renard, un crédit au poste de traite. Nous ne voyions jamais de billets de banque ou de monnaie. Nous recevions du crédit et achetions sans argent. L'argent n'est pas une bonne chose. Plusieurs de nos jeunes croient qu'ils peuvent survivre seulement avec l'argent.»

(Mary Kiatainaq, Inuluk Qisiiq, Maata Tuniq, Lizzie Irniq)
«Aujourd'hui, nous faisons beaucoup de couture et de tricot de vêtements traditionnels. C'est pour nos enfants et petits-enfants.

La nourriture traditionnelle est aussi très importante pour nous. Elle était très importante quand nous avons grandi. C'était la seule nourriture à l'époque. Et aujourd'hui, c'est ce que nous préférons, mais parfois nous devons acheter de la nourriture provenant du magasin.

Aujourd'hui, nous vivons dans une maison chaude, avec de l'électricité et de l'eau courante. C'est bien. Mais quand il s'agit de nourriture nous préférons la nourriture traditionnelle, particulièrement la viande de phoque, c'est notre préférée. Nous mangeons depuis notre enfance du phoque et du poisson, comme de l'omble chevalier. Si nous avions le choix, nous mangerions de la nourriture traditionnelle tout le temps plutôt que de la nourriture provenant du magasin. Les hommes du village nous amènent de la nourriture traditionnelle, mais parfois nous devons plutôt acheter de la nourriture provenant du magasin.

Nous avons aussi toutes sortes de plantes comestibles provenant de la toundra. Par exemple, il y a l'airaq [silène acaule], l'immulik [arméria du Labrador], une plante très sucrée, au sucre naturel. Il y a aussi des fleurs jaunes auxquelles nous ajoutons de l'huile provenant de la graisse de phoque. Comme médicament, nous faisons du thé avec du tiirluk [épilobe à feuilles étroites] pour guérir les rhumes et la toux. Nous mangeons aussi du kimminaq [airelle rouge], une baie très sucrée, pour traiter les maux de gorge et les infections de la bouche.»

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